OCTOBRE ROSE : LA GRANDE ARNAQUE
Chaque année, au mois d’octobre, le même scénario recommence.
Les villes s’illuminent en rose, les entreprises habillent leur logo de rose, les marques apposent un ruban sur leurs produits, les commerces décorent leurs vitrines et les événements se multiplient.
On court en rose, on achète rose, on communique en rose, on mange et on boit rose.
Et tout cela est devenu tellement habituel que nous avons presque cessé de nous demander d’où vient réellement Octobre Rose et ce qu’il y a derrière cette immense vague de communication.
Je vais volontairement poser les questions qui dérangent.
Non pas pour remettre en cause la prévention, le dépistage, la recherche ou le travail remarquable de nombreuses associations.
Mais parce qu’une cause aussi importante mérite peut-être mieux qu’un mois de communication.

Source : image générée par IA
Tout commence en 1985
Octobre Rose trouve son origine aux États-Unis avec le Breast Cancer Awareness Month.
En 1985, l’American Cancer Society participe à une campagne de sensibilisation au dépistage organisée avec la branche pharmaceutique du groupe britannique Imperial Chemical Industries, ICI.
Or ICI avait développé quelques années auparavant le tamoxifène, devenu l’un des traitements majeurs du cancer du sein hormonodépendant.
ICI créera ensuite Zeneca, qui fusionnera avec Astra en 1999 pour donner naissance à AstraZeneca.
Soyons précis : AstraZeneca n’a donc pas créé Octobre Rose puisqu’elle n’existait pas encore en 1985.
Mais l’un de ses prédécesseurs directs participait bien à la campagne tout en commercialisant un traitement majeur du cancer du sein.
Cela prouve-t-il qu’Octobre Rose a été créé pour vendre du tamoxifène ? Non.
Mais cela doit-il nous empêcher de nous interroger sur les liens entre santé publique, industrie pharmaceutique, dépistage, traitements et intérêts économiques ? Non plus.
S’interroger, ce n’est pas accuser. C’est exercer son esprit critique.
Le ruban rose n’était pas rose
Au début des années 1990, Charlotte Haley, une Américaine dont plusieurs femmes de la famille avaient été touchées par le cancer du sein, confectionne de petits rubans couleur pêche pour interpeller sur les moyens consacrés à la prévention.
Son initiative attire l’attention du magazine SELF et d’Evelyn Lauder, dirigeante chez Estée Lauder.
Charlotte Haley refuse leur proposition, qu’elle juge trop commerciale.
Le projet continue malgré tout.
Le pêche devient rose.
En 1992, SELF et Estée Lauder développent leur propre campagne et environ 1,5 million de rubans roses sont distribués.
Un symbole issu d’une démarche citoyenne méfiante envers la récupération commerciale est ainsi devenu l’un des symboles marketing les plus reconnaissables au monde.
Quand le rose devient un business
Aujourd’hui, le rose est partout : vêtements, cosmétiques, pâtisseries, boissons, objets promotionnels, vitrines, produits en tout genre.
Et très souvent, une partie du prix est annoncée comme reversée "à la lutte contre le cancer du sein".
Mais combien exactement ? À qui ? Et pour financer quoi ?
Parce qu’un ruban rose posé sur un emballage ne transforme pas automatiquement un achat en acte solidaire.
Autre question :
combien rapporte réellement Octobre Rose chaque année en France ?
Il est difficile de trouver un chiffre national consolidé.
Pourtant, les sommes sont importantes : en 2025, la seule opération E.Leclerc au profit de la Ligue contre le cancer a permis de collecter plus de 3,4 millions d’euros.
En Gironde, Octobre Rose 2024 a permis à la Ligue de réunir 215 924 euros.
Ce ne sont que deux exemples.
Alors combien d’argent circule réellement chaque année autour d’Octobre Rose, et quelle part arrive concrètement à la recherche, à la prévention et à l’accompagnement ?
Je ne dis pas que cet argent disparaît.
Je dis simplement qu’une campagne de cette ampleur mériterait davantage de transparence.
Et puis il y a le spectacle
Chaque année, le lancement parisien d’Octobre Rose prend des allures de grande soirée : Tour Eiffel illuminée, artistes, danseurs, personnalités publiques, moyens audiovisuels et retransmissions.
Je peux parfaitement entendre que cela permette de rendre la cause visible.
Mais combien coûte cette mise en scène ?
Je n’ai pas trouvé de chiffre public détaillant précisément le coût de cette soirée annuelle.
Et cette absence m’interroge.
D’un côté, des lumières, des scènes et des artistes. De l’autre, des personnes qui cherchent parfois quelques centaines d’euros pour financer des soins de support non remboursés ou un accompagnement dans l’après-cancer.
Alors jusqu’où faut-il aller dans la spectacularisation d’une maladie pour sensibiliser ?
À quel moment le moyen finit-il par prendre plus de place que la cause elle-même ?
Octobre Rose est devenu une fête.
Le cancer, lui, n’a rien d’une fête.
Pinkwashing : le ruban ne suffit pas
Face à cette commercialisation du rose, l’association américaine Breast Cancer Action lance en 2002 la campagne Think Before You Pink et popularise la notion de pinkwashing.
La question est simple : comment une entreprise peut-elle afficher son engagement contre le cancer du sein tout en commercialisant parfois des produits contenant des substances préoccupantes pour la santé ?
Et cette question rejoint directement celle des perturbateurs endocriniens.
Si une marque veut réellement participer à la prévention, son engagement ne devrait-il pas aussi passer par la composition de ses produits ?
Qu’est-ce qui est finalement le plus engagé ? : mettre un ruban rose sur un flacon en octobre ? ou travailler toute l’année pour proposer des produits plus sûrs ?
Le vrai engagement commence là où la communication s’arrête.
Des médecins français ont eux aussi interrogé Octobre Rose
En 2015, plusieurs professionnels de santé français créent le collectif Cancer Rose, notamment autour de médecins issus du Formindep.
Ils critiquent une information qu’ils jugent trop simplifiée autour du dépistage mammographique.
Leur propos n’est pas de dire qu’il ne faut pas se faire dépister.
Ils demandent que les femmes soient informées des bénéfices mais aussi des limites et des risques du dépistage, notamment les faux positifs et le surdiagnostic.
Parce qu’il existe une différence entre informer et convaincre.
Informer, c’est donner les éléments qui permettent de choisir.
Et les entreprises dans tout ça ?
Toutes ces entreprises qui habillent leur logo de rose en octobre…
quelle place font-elles réellement aux salariés touchés par un cancer ?
Que se passe-t-il lorsqu’une personne annonce son diagnostic ou revient après plusieurs mois de traitements ? Comment sont pris en compte la fatigue, les rendez-vous médicaux, les difficultés de concentration ou la nécessité d’aménager le temps de travail ? Et les proches aidants ?
Il serait tout de même paradoxal d’afficher un immense ruban rose dans le hall d’une entreprise si, quelques bureaux plus loin, un salarié malade ou un aidant n’ose pas demander un aménagement.
L’engagement ne se mesure pas à la taille du ruban. Il se mesure à ce qui se passe lorsqu’un salarié pousse la porte du service RH avec un diagnostic de cancer.
Le cancer ne consulte pas le calendrier marketing.
Une campagne de communication dure un mois. Un engagement véritable se construit toute l’année.
Alors, où est « l’arnaque » ?
L’arnaque n’est peut-être pas Octobre Rose lui-même.
La prévention est nécessaire. La recherche est indispensable. Les associations et les soins de support ont toute leur place.
Mais peut-être que l’arnaque commence lorsque nous confondons visibilité et engagement.
Lorsque vendre rose devient plus facile que changer certaines pratiques.
Lorsque communiquer sur les personnes malades est plus facile que les accompagner réellement.
Lorsque la maladie devient une opportunité marketing.
Et lorsque nous cessons de poser des questions simplement parce que "c’est pour la bonne cause".
Une bonne cause ne devrait jamais avoir peur des questions.
Alors cette année, lorsque vous verrez une marque ou une entreprise se parer de rose, demandez-vous :
Où va l’argent ? Que finance-t-il réellement ? Que fait cette marque en matière de prévention ? Comment cette entreprise accompagne-t-elle ses salariés malades et ses aidants ?
Et surtout :
que reste-t-il de cet engagement le 1er novembre ?
Je ne vous invite pas à boycotter Octobre Rose.
Je vous invite simplement à regarder derrière le ruban.
Et à remettre au centre ce qui n’aurait jamais dû quitter cette place :
les personnes touchées par le cancer et leurs proches.
Parce qu’au fond, la meilleure manière de soutenir Octobre Rose n’est peut-être pas de voir la vie en rose.
C’est d’ouvrir les yeux.
Prenez soin de vous.
Incarnez Votre Force d’Agir dès aujourd’hui.
Sylvie Palin-Luc
Hypnothérapeute
spécialisée en oncologie et régulation du stress
0677124206
Consultations à Bordeaux ainsi qu'en visio partout en francophonie
IMPORTANT : Les thérapies complémentaires ne se substituent pas à une démarche thérapeutique traditionnelle, elles ne visent pas à faire un diagnostic ou à prévenir une pathologie. Elles sont compatibles avec tout traitement médical en cours ou à venir. En cas de doute, demandez l’avis de votre médecin.































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